La société dans laquelle nous vivons, le contexte global qui la domine sur plus d’un plan (social, politique, économique ou environnemental) n’offrent pas de motifs qui permettent d’être optimiste pour l’avenir. De nouveaux problèmes apparaissent ou se rappellent à nous quotidiennement.  Il faut  innover, chercher de nouvelles solutions, la tradition et l’usage sont obsolètes.

Le verre est un médium utilisé depuis plusieurs milliers d’années et est assujetti  à des techniques aux règles strictes. Est-ce que je peux m’affranchir de ces règles? J’entre alors dans des zones interdites et découvre (ou redécouvre) un verre avec lequel je peux conjuguer le drame de notre monde en transition.

Mon verre est déchiré, à la fois opaque et transparent, parfois fendu. Je le conserve autant que possible brut, carré, tranchant tel que reçu de cuissons intenses et répétées. Sa complexité est mise en évidence[1]. À sa fluidité habituelle se mêlent des phases rocheuses ou dévitrifiées, une danse ou un combat s’établit au sein du médium. J’explore ce monde de mouvements, de transitions et me laisse surprendre par  le résultat issu des forces mises en présence.

J’aime unir au verre le produit de l’impression 3D. Ce mariage me permet d’orienter, d’enrichir, d’interpréter le propos suggéré par les étapes de cuissons. Alors que mon verre est devenu sauvage et non bridé, l’impression 3D est assujettie à mes aspirations. J’emploie le 3D pour établir un contact, pour entrer en  communication avec ce verre. Je peux, soit exacerber les tensions déjà présentes, soit créer un nouveau discours, soit simplement mettre en place un décor qui accueillera ce verre non domestiqué.

Le temps du rêve et de l’illusion tire à sa fin, la vérité perce, chemine, s’impose: nous chavirons dans l’inconnu, tel mon verre.

 

[1] Je cherche un verre, je manipule un verre qui s’oppose aux caractéristiques habituellement recherchées : fluidité, douceur, transparence, luminosité, pureté, finesse, élégance, perfection, fragilité, etc.